Le poète Tarkos est l’enfant prodige de Martigues. Né Jean-Christophe Ginet, il a été emporté par une tumeur au cerveau en 2004 à 40 ans. Après son départ il poursuit de marquer de son empreinte nombre de poètes. Cette figure majeure de la poésie contemporaine aurait eu 60 ans le mardi 5 décembre 2023. À cette occasion, Charles Pennequin nous confie une gravure, un texte sur Tarkos et un poème de Tarkos.

portrait de tarkos gravure par Charles Pennequin nettoyé complet

Tarkos avait une sensibilité. Était un être sensible. Il n’était pas qu’un formaliste. Un poète formel. Il déroulait des poèmes. Des listes. Mais il écrivait aussi d’après sa sensibilité. Il était sensible au sentiment. Tout comme Nijinski. Il avait la folie du sentiment et le sentiment passait par les mots. Par la suite des mots. Par ce langage tout fait. Tout collé à lui. Il savait que ça restait collé. Il savait que la poésie était un collage facial. Que les mots étaient collés. Mais que les mots même détachés pouvaient taper car ils étaient lourds de sens. Les mots étaient chargés et grâce au sentiment et à la sensibilité Tarkos déplaçait les mots. Il rendait le sens léger. Il le dépouillait. Le dépatouillait. Le rendait farineux. Le comparait à d’autres. Les mots se ressemblaient. Ça devenait magique. Car il aimait la magie Tarkos. Il aimait aussi employer le mot Inspiration car il savait que ça ne plaisait pas aux poètes contemporains. Il savait que les poètes contemporains avaient placé des barrières de sécurité et lui il est arrivé avec des gros sabots. Il n’a pas vu les barrières de sécurité pour éloigner les lyriques de la poésie contemporaine. Il était lyrique dans le sens qu’il parlait du concret mais en évoquant la magie. Il voyait le parpaing mais dans le parpaing il y avait l’œil. L’œil du performeur qui agit sur le parpaing. Juste avec son regard. Son regard souleveur. c’est ainsi qu’il a soulevé la poésie. Avec son langage souleveur. Tout comme le faisait Jean-Luc Parant qui était un de ses aînés. Un de ses parents à lui. Il y avait ainsi une filiation entre eux. Entre lui et Parant grâce aux yeux qui soulèvent du regard la poésie barricadée. Entre lui et Wolman aussi il y avait une parenté. Grâce au mot coupé en deux. Le mot divisé qui rend le mot mot. Entre lui et Nijinski il y avait la magie. Il y avait le sentiment magique. On le sent dans ses carnets. On sent son écriture qui fait rouler les mots, ses gros mots qu’il étale comme une pâte dans les carnets. Il redeviennent innocents les mots. Mais tarkos disait toujours : il faut taire ses influences. Il faut se taire et apparaître d’un coup, sur la scène avec son chapeau. Et improviser. S’improviser vivant. Tarkos s’improvisait vivant dans la littérature.                                                                                                                                                                                                   Charles Pennequin

 

ROUGE *
s’accrocher au rouge pour s’accrocher à la vie. je m’accroche au rouge aux rouges pour m’accrocher à la vie. je m’accroche. je ne veux pas me décrocher. je m’accroche au rouge. le rouge des poires. le rouge d’un bouquet de tulipes. le rouge de julius. le rouge de rothko. le rouge d’un paquet de cigarettes. d’un carnet. il y a du rouge. il a des taches rouges. je m’accroche aux lumières rouges. on peut s’accrocher dans la vie à la couleur rouge. on peut trouver dans la vie où s’accrocher pour ne pas se laisser décrocher. je trouve des taches rouges. je m’accroche aux poires. aux tulipes. aux dessins de rothko. de julius. au paquet de cigarettes. à la couverture du carnet. je ne suis pas perdu. je peux m’y raccrocher. j’ai des morceaux rouges de ci de là dans la maison où je me trouve il y a suffisamment de taches rouges pour ne pas sombrer
Tarkos

 

 

* Ce texte a été envoyé par Tarkos à Charles Pennequin pour la revue Facial. Il a ensuite été republié après la mort du poète dans le numéro 179 de la revue Action poétique, en mars 2005, où le premier hommage à Tarkos était rendu par un collectif réuni par Charles Pennequin. Henri Deluy, directeur de la revue, lui avait donné carte blanche.